Patrick Cady

Quand j’ai découvert les premiers grands sculpteurs inuit, noyés dans la soupe mercantile que les Blancs ont appelé « l’art inuit », j’ai eu un choc qui m’a ouvert les yeux sur ce que je n’avais jamais eu conscience de voir depuis mon enfance, comme si les figures diaboliques et humaines du Moyen-âge trouvaient leur préhistoire dans les transformations chamaniques sculptées des siècles après elles. J’ai réalisé qu’une statuaire m’avait toujours entouré, celle des façades en bois sculptées des maisons moyenâgeuses dans la vieille ville que je traversais tous les jours pour aller à l’école, les Atlantes qui soutenaient les orgues de la cathédrale et jusque dans ma chambre où une femme en marbre, assise au bord d’un puits, offrait une forteresse imprenable aux figurines naïves représentant des indiens.

C’est en travaillant des morceaux de bois à moitié pourris, ramassés en forêt, que je me suis arraché à cette mémoire de la pierre pour donner des formes à  des menaces plus contemporaines de destruction, en obéissant au pourrissement du bois pour dégager ce qui pouvait encore être  sauvé, « ombres du bois » que j’enferme dans des boites vitrées comme des reliques.